S'approprier les concepts de diversité, bien-être et réussite pour mieux comprendre leur influence sur sa pratique

Ce microsite est un outil interactif destiné aux acteurs et actrices des milieux éducatifs. Le matériel proposé vise à susciter des réflexions sur la perspective selon laquelle nous abordons la diversité, le bien-être et la réussite. Cette réflexion permet de mieux saisir l'influence de cette perspective dans l'interprétation de l'environnement scolaire ainsi que des caractéristiques et des besoins des personnes qui le composent.

Le matériel proposé amène donc à prendre conscience, que ce soit individuellement ou collectivement, de nos propres représentations à l'égard de la diversité, du bien-être et de la réussite, à y réfléchir et à en discuter.

Pour les membres du RÉVERBÈRE, il est à noter que cet outil se veut également un outil de vulgarisation du document-cadre Le bien-être et la réussite en contexte de diversité : un cadre enrichi pour le RÉVERBÈRE. Toutes autres personnes intéressées par cette question sont invitées à lire le document cadre.


Répondre plus facilement aux besoins d'une diversité d'élèves

Le microsite a pour objectif d'outiller les acteurs et actrices des milieux éducatifs afin qu'ils et elles puissent soutenir la réussite et le bien-être d'une diversité d'élèves. Ultimement, l'outil permet de les aider à cheminer, seuls ou ensemble, vers des pratiques plus sensibles à la diversité dans une visée de réussite éducative.


Une progression à travers trois niveaux

Le matériel proposé se divise en trois niveaux, chacun de ces niveaux permettant aux utilisateurs et utilisatrices de progresser dans leur compréhension des concepts-clés et dans leur acquisition des façons possibles de mobiliser ces connaissances dans leur pratique au quotidien.

Au premier niveau, vous trouverez trois perspectives différentes associées aux trois concepts-clés de cet outil interactif, soit la diversité, le bien-être et la réussite. Chacune des perspectives proposées est accompagnée d'exemples concrets inspirés du quotidien d'un acteur ou d'une actrice scolaire.

Au deuxième niveau, vous trouverez trois études de cas inspirées d'histoires réelles. Dans chacune des études de cas, le regard qui est porté sur la situation amène une analyse ou une interprétation différente de la situation, ainsi que des actions différentes chez les membres du personnel scolaire.

Au troisième niveau, vous trouverez une activité pédagogique conçue pour susciter des échanges bienveillants à réaliser avec vos collègues ou équipe de travail sur les concepts de diversité, de bien-être et de réussite, proposée à partir de quatre études de cas inspirées d'histoires réelles.


Différentes façons d'utiliser cet outil interactif

À titre d'exemple, ce microsite pourrait être utilisé par une équipe-cycle qui souhaiterait que ses membres soient au même diapason quant à leur vision de la diversité, du bien-être et de la réussite, et qui voudrait se doter de moyens pour mieux soutenir les élèves collectivement.

Bien que nous recommandions parfois la réalisation des activités réflexives en dyades ou en équipes, le microsite pourrait également être utilisé en mode d'autoformation, afin par exemple d'amener un nouvel employé à réfléchir à ces concepts avant de discuter avec lui de la position de l'organisation qu'il s'apprête à intégrer face aux concepts-clés.


Niveau 1

Ce que vous trouverez au niveau 1 : Au premier niveau, vous trouverez trois perspectives différentes associées aux trois concepts-clés, soit la diversité, le bien-être et la réussite. Trois perspectives, ça signifie trois façons de voir ou trois façons de donner un sens. Chacune des perspectives proposées est accompagnée d'exemples concrets inspirés du quotidien d'un acteur ou d'une actrice scolaire. Peut-être vous y reconnaîtrez-vous ou reconnaîtrez-vous certains de vos collègues!

Ce que ce niveau vous permettra : Le premier niveau vous permettra de mieux comprendre chacun des concepts-clés et de vous situer sur le continuum.
Tout au long de votre lecture, tentez de réfléchir à votre pratique pour mieux situer vos perceptions de ces différents concepts. Gardez en tête les questions suivantes :

  • Comment j'aborde la diversité?
  • À quel endroit est-ce que je me situe quant à ma compréhension du bien-être?
  • Quelle est ma vision de la réussite en contexte scolaire?

Modalités de réalisation suggérées : Ce niveau peut être exploré individuellement, comme collectivement. En effet, il peut vous permettre de vous situer comme individu, comme équipe ou même comme organisation.

C'est parti! Il est maintenant temps de prendre connaissance des informations présentées dans ce niveau.

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Diversité

Individuelle

Se réfère à l'hétérogénéité des apprenants.

Se réfère à une conception naturalisante de la différence, donc inscrite dans les caractéristiques de l'individu.

S'inscrit dans une approche catégorielle, où on situe l'apprenant par rapport à une norme.


Freine le bien-être et l'apprentissage pour tous.

Engendre un risque de stigmatisation.

Contextuelle

Introduit la notion de besoins éducatifs particuliers.

Remet en question la relation à la base de l'approche catégorielle.

Se réfère aux concepts de différenciation pédagogique et d'obstacles à l'apprentissage.

S'interroge sur le rôle de l'école et les apprentissages qui y sont exigés.


Exige une révision des modes de financement de l'éducation.

Sociale

Repose sur les rapports sociaux et sur une construction sociale de la différence.

Se réfère à un état de fait.

Considère la différence comme source d'enrichissement de l'expérience humaine.

S'inscrit dans les finalités d'une éducation inclusive et interculturelle.


Exige une révision de la structure scolaire et des liens de collaboration avec la communauté.

Bien-être

Caractéristique de l'apprenant

Se réfère aux prédispositions de l'apprenant (caractéristiques et personnalité).

Considère le plaisir comme un résultat.

Représente une condition de la réussite sur laquelle l'école n'intervient pas.

Dépend entièrement de l'apprenant.


Constitue une image ou un rêve difficilement atteignable.

Est fragile et de courte durée, sans cesse à renouveler.

Axé sur la réalisation de soi

Correspond à l'atteinte d'un but qui satisfait l'un ou l'autre des trois besoins psychologiques fondamentaux (besoin d'autonomie, besoin de compétence et besoin de relation à autrui).


Amène l'apprenant à se fixer des buts.

Amène à s'interroger sur sur les pratiques mises en œuvre auprès des apprenants.
Exige la mise en place d'espaces de développement personnel.

Holistique-émancipateur

Constitue un processus dynamique qui dépend des relations entre les individus, les groupes et les pratiques sociales.

Permet l'actualisation du potentiel de l'élève afin qu'il puisse contribuer au bien-être de sa communauté.

Représente une visée de la réussite éducative.


Amène l'apprenant à se fixer des buts.

Amène à s'interroger sur sur les pratiques mises en œuvre auprès des apprenants.
Exige la mise en place d'espaces de développement personnel.

Réussite

Scolaire

Découle avant tout des missions d'instruction et de qualification de l'école.

Se mesure essentiellement à l'école

S'explique par les efforts et le talent individuels.


Freine le développement et l'apprentissage optimaux de l'apprenant

Engendre des buts de performance susceptibles de reproduire des inégalités au sein de l'école.

Différenciée

Différencie la réussite scolaire selon l'apprenant.

Reconnaît les progrès réalisés par l'apprenant (considération des forces, du rythme et des besoins).


Met en doute les pratiques mais pas la forme scolaire.

Amène les apprenants à se conformer aux attentes de l'école.

Exige une révision des modes d'évaluation.

Éducative

Considère à la fois le résultat et le processus, s'éloignant ainsi d'une norme déterminée à l'avance.

Est associée à l'établissement de buts de maîtrise et s'apprécie notamment à partir du bien-être des apprenants.

Comporte des visées individuelle et sociale.

Vise le développement des savoirs, mais aussi des savoir-faire, savoir-être et savoir-devenir.

Maximise la participation à la vie scolaire, culturelle et communautaire.


Amène l'ensemble de la communauté éducative à s'engager (n'appartient pas qu'à l'école).

Exige une révision des modes d'évaluation.

Niveau 2 : Cas micro

Ce que vous trouverez au niveau 2 : Au deuxième niveau, vous trouverez des études de cas inspirées d'histoires réelles associées aux concepts de diversité, de bien-être et de réussite. Dans chacune des études de cas, le regard qui est porté sur la situation amène une analyse ou une interprétation différente de la situation, ainsi que des actions différentes chez les membres du personnel scolaire.

Ce que ce niveau vous permettra : Le deuxième niveau vous permettra de tester votre compréhension de chacune des perspectives proposées au niveau précédent.

Modalités de réalisation suggérées : Ce niveau peut être réalisé individuellement ou en dyade, cette dernière option comportant bien sûr les avantages découlant de l'échange autour des cas proposés.

C'est parti! Glissez votre souris sur le texte puis, en cliquant à l'aide du bouton de gauche de votre souris, déterminez à quelle respective se rapportent les différents éléments contenus dans la phrase.
Cliquez plusieurs fois sur chacune des phrases pour avoir accès aux options de réponse, puis valider vos choix en cliquant sur le bouton « résultat ».

Cas 1 - Philippe

Deux façons différentes d'interpréter la situation de Philippe et d'agir dans cette même situation sont proposées ci-dessous. La première présente les actions d'un enseignant dont le regard tend vers la normalisation, alors que la deuxième présente les actions de ce même enseignant, guidé par un regard tendant vers la dénormalisation.


Regard qui tend vers la normalisation

  • Diversité individuelle
  • Bien-être axé sur la réalisation de soi
  • Réussite scolaire

Dans la classe de musique de 6e année de M. Sébastien, les élèves ont pour travail de documenter et de présenter oralement à leurs collègues de classe une recherche sur leur artiste préféré. En retour, les autres élèves doivent porter un jugement sur la présentation, ce qui permet à M. Sébastien d'évaluer la compétence relative à l'appréciation musicale.

Par souci d'égalité, M. Sébastien impose à tous les élèves de faire leur présentation à la classe. À son tour, Philippe, qui présente des symptômes d'anxiété liés à la phobie sociale, refuse obstinément de faire sa présentation. M. Sébastien l'informe que s'il ne fait pas sa présentation, il aura une note de zéro. Philippe se désorganise et doit quitter la classe, accompagné de la personne éducatrice spécialisée. Le lendemain, des amis expriment à Philippe du soutien face à ce qui s'est passé, ce qui lui procure un certain réconfort même si le malaise persiste.

Regard qui tend vers la dénormalisation

  • Diversité individuelle
  • Bien-être caractéristique de la personne apprenante
  • Bien-être axé sur la réalisation de soi
  • Réussite différenciée

Dans la classe de musique de 6e année de M. Sébastien, les élèves ont pour travail de documenter et de présenter oralement à leurs collègues de classe une recherche sur leur artiste préféré. En retour, les autres élèves doivent porter un jugement sur la présentation, ce qui permet à M. Sébastien d'évaluer la compétence relative à l'appréciation musicale.

Au moment de la présentation, Philippe, qui présente des symptômes d'anxiété liés à la phobie sociale, refuse obstinément de faire sa présentation. Au lieu d'insister et ainsi placer l'élève dans une situation qui pourrait brimer son bien-être et son estime de soi, M. Sébastien lui propose alors de faire sa présentation lors de la récréation, devant quelques amis de confiance choisis par Philippe. Cette flexibilité permet à Philippe de pouvoir faire sa présentation et de constater qu'il a adoré, d'une part, faire une recherche sur son artiste préféré et, d'autre part, que ses amis aient reconnu la qualité de son travail. Cette façon différenciée d'évaluer le travail permet à M. Sébastien de documenter la présentation de Philippe tout en conservant les mêmes critères d'évaluation.

Cas 2 - Laurie

L'étude de cas de Laurie est présentée avec un plus haut niveau de complexité, comprenant une description plus étoffée des caractéristiques de Laurie et de sa situation familiale, les perceptions de son enseignante ainsi que celles de ses parents. Comme pour le cas précédent, deux façons différentes d'interpréter la situation de Laurie sont proposées ci-dessous, une dont le regard sur la situation de Laurie tend vers la normalisation, l'autre vers la dénormalisation.


Regard qui tend vers la normalisation

  • Diversité individuelle
  • Bien-être caractéristique de la personne apprenante
  • Réussite scolaire
  • Bien-être des parents

Laurie est une petite fille âgée de 11 ans. Ses parents se sont séparés lorsqu'elle avait 2 ans. Depuis, elle habite en garde partagée : une semaine avec maman, une semaine avec papa. Sa mère a refait sa vie peu de temps après la séparation. Laurie est donc l'ainée d'une famille de trois enfants. Ses jeunes frères, Gabriel et Olivier, sont respectivement âgés de 6 et 8 ans.

Laurie est présentement en 5e année dans la classe de Mme Sophie. Ses résultats se situent bien au-deçà de la moyenne de groupe. Son enseignante dit d'elle que c'est une petite fille toujours dans la lune et qui ne se concentre pas sur la tâche qui lui est demandée. Elle se questionne régulièrement sur l'implication parentale et sur ce qui est fait à la maison. Elle se dit régulièrement qu'il serait temps que Laurie fasse les efforts nécessaires si elle veut réussir. Lors de la dernière rencontre de parents, elle a d'ailleurs abordé le sujet avec ces derniers, qui n'ont « pas très bien réagi ».

Les parents de Laurie perçoivent l'école comme une source de stress et un irritant. Ils ont l'impression de ne jamais en faire assez et que toute la charge de la réussite de leur enfant repose sur leurs épaules. Bien conscients des difficultés de leur fille, ils ont embauché une personne tutrice qui vient à la maison à raison de 2 h par semaine (2 x 1 h), et ce, depuis 5 ans. Cela leur permet de se décharger et d'offrir à leur fille de l'aide afin qu'elle réussisse ses examens ainsi que les tests hebdomadaires.

Lorsque Laurie était en 3e année, constatant que ses difficultés ne faisaient que s'amplifier au fil des ans et que la lecture semblait être sa « bête noire », ils ont contacté l'école afin de discuter de leurs préoccupations. À ce moment, on leur avait répondu que cela n'était pas inquiétant, que Laurie était dans la moyenne inférieure et qu'il fallait simplement redoubler d'efforts à la maison : lire plus, étudier plus. Non satisfaits de la réponse obtenue, ils ont donc entrepris par eux-mêmes des démarches auprès des cliniques privées de leur région afin de faire évaluer leur fille. Après plus d'un an d'attente, Laurie a pu enfin être vue par un neuropsychologue et par une orthophoniste, puis le diagnostic est tombé : trouble déficitaire de l'attention et dyslexie légère. Heureux d'avoir enfin des réponses, ils avaient prévu en parler à l'enseignante de Laurie, Mme Sophie, lors de la dernière rencontre de parents. Malheureusement, la réception du rapport d'évaluation a été perçue comme une surcharge de travail pour la personne enseignante et ils ont plutôt eu l'impression de se faire reprocher de ne pas en faire assez pour la réussite de leur enfant. Cette expérience est venue teinter négativement la qualité de la relation entre les parents et l'école.

De son côté, Laurie mentionne ne pas aimer l'école. Elle nomme régulièrement qu'elle n'est pas intelligente, que son cerveau est brisé. Elle appréhende le moment des devoirs et des leçons, qui sont devenus une source de stress. Après sa journée à l'école, elle est épuisée et n'a pas envie de faire ses devoirs : elle ne comprend rien de toute façon et peu importe le temps qu'elle y met, elle échoue toujours. Cela est encore pire lorsqu'elle est chez sa mère : ses deux petits frères étudient moins et réussissent mieux. Elle trouve cela injuste! Ses parents, inquiets de la voir se dévaloriser ainsi, songent à un suivi en psychologie.

Regard qui tend vers la dénormalisation

  • Diversité contextuelle
  • Bien-être caractéristique de la personne apprenante
  • Bien-être axé sur la réalisation de soi
  • Bien-être holistique-émancipateur
  • Bien-être des parents
  • Réussite différenciée

Laurie est une petite fille âgée de 11 ans. Ses parents se sont séparés lorsqu'elle avait 2 ans. Depuis, elle habite en garde partagée : une semaine avec maman, une semaine avec papa. Sa mère a refait sa vie peu de temps après la séparation. Laurie est donc l'ainée d'une famille de trois enfants. Ses jeunes frères, Gabriel et Olivier, sont respectivement âgés de 6 et 8 ans.

Laurie est présentement en 5e année dans la classe de Mme Sophie. Malgré le fait que les apprentissages scolaires soient difficiles pour elle, elle réussit tout de même grâce aux mesures de flexibilité et d'adaptation qui lui sont proposées par son enseignante. Son enseignante dit d'elle que c'est une petite fille enjouée, mais qui a besoin de rappels fréquents afin de suivre, notamment lors des séances d'enseignement magistral qui répondent un peu moins à ses besoins. Comme son enseignante est consciente que ce type d'enseignement rejoint moins une partie des élèves de son groupe, c'est une pratique peu fréquente. Elle s'est questionnée sur l'implication parentale et le travail fait à la maison, mais après validation auprès des parents, elle comprend qu'ils offrent le meilleur soutien qu'ils sont capables de fournir. Elle constate que les résultats de Laurie demeurent inférieurs à ceux des autres élèves de la classe. Toutefois, elle sait que Laurie fait des efforts et qu'elle progresse à son rythme. Lors de la dernière rencontre de parents, elle a d'ailleurs abordé le sujet.

De leur côté, les parents de Laurie perçoivent l'école comme une source de stress. Ils ont l'impression qu'ils pourraient en faire plus afin d'assurer la réussite de leur enfant, et ce, bien que des mesures soient déjà en place à l'école afin d'assurer la réussite de leur enfant à cet effet. Bien conscients des difficultés de leur fille, ils ont embauché une personne tutrice qui vient à la maison à raison de 2 h par semaine (2 x 1 h), et ce, depuis 5 ans. Cela leur permet de se décharger et d'offrir à leur fille de l'aide afin qu'elle progresse dans ses apprentissages, en regard de ses forces, mais aussi de ses besoins.

Lorsque Laurie était en 3e année, constatant que ses difficultés ne faisaient que s'amplifier au fil des ans et que la lecture semblait être sa « bête noire », ils ont contacté l'école afin de discuter de leurs préoccupations, préoccupations qui étaient partagées par l'enseignante de Laurie. Par la suite, considérant la nature et la persistance des besoins de Laurie, un plan d'intervention fut mis en place afin de lui offrir du soutien en lecture (suivi en orthopédagogie, utilisation d'un ordinateur portable et d'une synthèse vocale).

De son côté, Laurie mentionne aimer l'école, même si elle précise que les tâches impliquant la lecture restent difficiles. Depuis qu'elle fait ses devoirs et ses leçons avec la personne tutrice, ceux-ci sont beaucoup plus agréables : elle n'a pas toujours besoin de faire le décodage des consignes afin de réaliser la tâche demandée! Elle peut donc mieux se concentrer sur ses autres apprentissages. En classe, les outils technologiques lui permettent aussi de mieux se concentrer sur ses apprentissages. D'ailleurs, elle est fière d'elle puisqu'elle est consciente de ses progrès dans toutes les matières, ce qui l'encourage à persévérer. Maintenant, lorsqu'elle est chez sa mère, elle se préoccupe moins de la réussite de ses deux petits frères et se centre davantage sur sa propre progression. Sa mère lui répète souvent qu'elle est fière d'elle! Ses parents, bien que soulagés de son engagement malgré certaines difficultés, demeurent tout de même inquiets et songent à en parler à la personne enseignante lors d'une rencontre.

Cas 3 - William

La situation de William est présentée d'un point de vue intrinsèque : cette fois, c'est à partir du discours intérieur de l'élève que l'histoire nous est racontée. Voici donc l'histoire de William, pour qui la rencontre d'un enseignant qui avait un regard qui tendait vers la dénormalisation fut déterminante.


Regard qui tend vers la dénormalisation

  • Diversité contextuelle
  • Bien-être caractéristique de la personne apprenante
  • Bien-être axé sur la réalisation de soi
  • Réussite éducative

Je m'appelle William, j'ai 17 ans et je suis présentement en cheminement particulier. Je fais mon français et mes maths de secondaire 3. Pour moi, l'école, ça ne veut pas dire grand-chose. Au fait, ç'a toujours été difficile. Je ne trouve pas ma place. Je ne me reconnais pas dans les cours que j'ai et j'ai l'impression que je ne suis pas fait pour ce système. Je m'assois toujours au fond de la classe et je porte ma tuque callée jusqu'aux oreilles avec le souhait de passer inaperçu, que l'on m'oublie… Je passe tout mon temps à dessiner, à m'évader dans mon imaginaire…

Mon frère ainé, lui, a toujours été bon à l'école et je dois avouer que je me compare souvent à lui. Il réussit tout ce qu'il fait. Il est allé à l'université et est maintenant ingénieur. Quand je me compare à lui et aux autres de mon école, ça me décourage. J'ai envie d'arrêter l'école, mais mon père insiste pour que j'y reste. À quoi bon… j'ai l'impression d'aller nulle part. C'est difficile pour ma confiance et mon estime de moi-même.

Récemment, ma prof est partie en congé de maladie et le nouveau remplaçant nous a parlé de son vécu, de son expérience scolaire et de son parcours qui est très différent des autres profs que j'ai eus. Je me suis reconnu dans son discours. Il a apporté des projets différents qui sont orientés vers l'art. Un bon matin, il est arrivé avec un projet de murale dans l'école et il m'a dit : « William, j'ai un projet pour toi, je pense que ça va t'intéresser… ». Il m'a expliqué le projet qui visait à prendre position sur une thématique environnementale à travers une murale afin de contribuer à la sensibilisation aux enjeux environnementaux au sein même de notre école. Le projet ne remplaçait pas les autres contenus obligatoires, mais il permettait de donner un sens aux apprentissages et me donnait les ailes nécessaires pour aller chercher de l'aide dans la réalisation du projet. Par exemple, j'ai eu à solliciter de l'aide pour parfaire l'écriture d'une demande à la direction afin d'utiliser un mur de l'agora pour la murale. J'ai aussi eu à utiliser des notions mathématiques afin de mettre mon croquis à l'échelle. J'ai aussi profité de ce projet pour trouver et lire des textes sur l'art du tag que je voulais utiliser. J'ai eu besoin du soutien de mon enseignant pour ce faire, mais c'était tellement motivant!

Ma vie venait de changer…

Du jour au lendemain, j'avais trouvé un but, une motivation pour venir à l'école. Le matin, j'étais le premier arrivé au local et je partais avec mon kit de pinceaux. Les gens me saluaient en passant en me disant : « Wow Will, c'est génial ce que tu fais! »

J'en étais très fier. Ma motivation pour l'école a soudainement fait un bond inimaginable. J'avais enfin l'impression d'avoir trouvé ma place à l'école. Ma motivation s'est même transposée dans mes autres matières. J'avais un but, une motivation : terminer mon secondaire et poursuivre mes études en arts. Pas pour mon père, mais pour moi-même…

Niveau 3 : Cas macro

Ce que vous trouverez au niveau 3 : Au troisième niveau, vous trouverez une activité pédagogique à réaliser avec vos collègues ou votre équipe de travail sur les concepts de diversité, de bien-être et de réussite, proposée à partir d'études de cas inspirées d'histoires réelles.

Ce que ce niveau vous permettra : Le troisième niveau vous permettra de vous approprier les trois concepts-clés en analysant des cas d'élèves comme vous le faites dans votre pratique au quotidien.

Modalités de réalisation suggérées : Ce niveau a été pensé pour être fait en équipes de travail, notamment en raison des nombreux bénéfices associés à la réflexion collective autour des cas proposés. Toutefois, il est à noter qu'il n'est pas exclu de le réaliser individuellement ou en dyade.

C'est parti! Faites d'abord la lecture du cas d'élève proposé. Ensuite, situez la nature de la perspective sur le continuum normalisation - dénormalisation. Attention! Plus d'une réponse sont parfois possibles, puisqu'il se peut que deux perspectives se côtoient dans un même cas. Justifiez ensuite vos choix et validez-les en cliquant sur le bouton « résultat ». Portez attention au code de couleurs utilisé dans la section résultat, il vous aidera à mieux saisir les réponses proposées. Si vous réalisez cette activité dans un groupe divisé en plusieurs équipes, nous vous invitons à partager vos résultats après chacun des cas et à discuter de vos réflexions.

Cas 1 - Justin

L'étude de cas de Justin présente le parcours d'un adolescent à travers les trois premières années de son secondaire. Ce parcours se déroule dans deux écoles entretenant des perceptions distinctes de la diversité, du bien-être et de la réussite. Cette étude de cas nous invite à réfléchir aux répercussions du regard de l'école sur la motivation scolaire des élèves comme Justin.


Justin est un adolescent de 14 ans qui a reçu un diagnostic de TSA et de TDAH. Au primaire, il réussit bien en classe ordinaire malgré ses difficultés à se faire des amis et à gérer les interactions autour de lui. À son entrée au secondaire, ses parents ont choisi une école privée qui intègre les technologies, croyant qu'il serait plus facile pour lui d'apprendre et d'interagir à travers cet outil numérique qui colle à ses intérêts. Un plan d'intervention est rédigé par une TES (aux frais des parents) pour lui permettre une transition réussie. Or, cette école demande à Justin de se conformer à des règles qui n'ont pas de sens pour lui — avec les retenues que ça engendre — et le rythme du début de l'année est trop rapide.

Puisqu'il a un diagnostic, on suggère alors à ses parents de l'intégrer dans une classe de soutien pédagogique qui propose moins de personnes enseignantes et un ratio réduit (toujours aux frais des parents). Justin est accueilli et retrouve ses repères, mais la tablette devient un obstacle plutôt qu'un outil : il développe une dépendance et ne peut plus s'en passer, même aux pauses, au diner et la nuit. Il s'enferme dans les toilettes de l'école pour jouer et il devient l'objet de moqueries et d'intimidation. On lui suggère alors de bénéficier d'un local isolé pour qu'il puisse utiliser sa tablette au moment des pauses.

À la fin de sa 2e secondaire, Justin est exclu d'un voyage scolaire deux jours avant le départ sous prétexte qu'il aura du mal à suivre le groupe. Il passe deux ans dans cette classe, mais ses difficultés relationnelles se retrouvent à prendre tellement de place qu'il devient agressif et il sabote son parcours scolaire en échouant ses mathématiques, ce qui justifie son renvoi de l'école.

Justin arrive en 3e secondaire dans son école de quartier. Il est fragilisé par une mauvaise expérience scolaire : il ne fait confiance à personne. La direction adjointe l'accueille avant la rentrée des classes et lui fait visiter l'école, lui présente ses enseignants et enseignantes et les ressources qui existent pour lui. Lorsqu'il a du mal à travailler en équipe, un TES se place avec lui et agit comme un intermédiaire pour le lier à d'autres élèves.

À la rencontre du plan d'intervention, une équipe multidisciplinaire tente de trouver des façons de travailler pour répondre aux besoins de Justin (plutôt que de demander à Justin de s'adapter à l'école). Il reçoit du soutien orthopédagogique pour son cours de mathématique de 2e secondaire et il intègre le groupe régulier de 3e secondaire à Noël. Lors de mauvaises journées, il est accompagné pour dédramatiser la situation et on écoute ses idées pour mieux organiser l'école afin qu'il y trouve sa place; les autres élèves ont appris à laisser tout le monde être soi-même — après tout, tout le monde est différent! Ses cours de PPO (projet personnel d'orientation) et d'entrepreneuriat lui permettent d'ailleurs de se découvrir et se réaliser. Il est accompagné toute l'année pour participer à un voyage scolaire qui s'avère un succès. Il termine l'année avec des réussites et une confiance renouvelée.

Questions de réflexion

Où situeriez-vous sur le continuum les différentes perspectives proposées dans l'exemple de Justin quant aux concepts de diversité, de bien-être et de réussite?
(Plus d'un choix possible.)

Diversité


Bien-être


Réussite

Cas 2 - Bazil

L'étude de cas de Bazil est racontée par l'élève lui-même. On y présente le parcours d'un élève qui n'avait jamais vécu de grandes difficultés avant d'arriver en secondaire 5. Se butant alors à un mur avec de nouvelles difficultés, Bazil raconte qu'aux yeux de l'école, il avait alors l'impression d'être un élève en difficulté. Cette étude de cas nous invite à réfléchir à l'influence des perceptions du personnel de l'école sur l'expérience scolaire des élèves comme Bazil.


Mon histoire scolaire est bien particulière. Même sans grandes difficultés dans mon parcours scolaire au primaire et au début du secondaire, je me suis buté à un mur au secondaire 5. Un mur bien construit et solide! Celui de l'orthographe et des accords grammaticaux. C'était le tournant d'un parcours scolaire agréable et parsemé de réussite et de fierté — où j'avais le sentiment de me réaliser — vers un parcours scolaire de combattant. C'était un tournant entre le plaisir d'écrire et de créer (j'ai toujours aimé lire et écrire, notamment des textes narratifs) vers l'évitement de cette tâche, outre des activités d'écriture soumises à mon seul et unique regard.

Il semble qu'aux yeux de l'école, je n'étais plus Bazil, le jeune homme agréable, toujours présent et engagé. J'étais plutôt Bazil, un élève en difficulté! Plus on me reflétait mes défis d'orthographe et d'accords grammaticaux, plus je me transformais en élève « en difficulté » et plus mes textes comportaient des erreurs. Le doute s'était installé. J'ai rapidement eu le sentiment que je ne pouvais plus avancer dans ce contexte scolaire où ce doute s'était frayé un chemin dans mon esprit, bien malgré moi.

J'ai donc quitté l'école secondaire pour transiger vers l'éducation des adultes. Un nouveau départ ! J'ai vite réalisé que cette difficulté me collait à la peau. Ainsi, j'ai dû subir (et c'est le bon choix de mot) une évaluation orthophonique pour mettre un mot sur mes défis d'écriture. J'avais la crainte qu'on me dise que j'étais fou ou tout simplement que je manquais d'intelligence ou pire encore, que je n'avais rien du tout et que c'était moi qui ne travaillais pas correctement. Dysorthographie. Voilà le mot. C'est ce mot qui m'a permis d'avoir accès à Antidote pour corriger mon texte et enfin obtenir mon diplôme de secondaire 5. C'est ce mot qui a permis à certains enseignants (mais pas tous) de faire la distinction entre correction de texte et écriture. C'est ce mot qui s'est fait une place avec mon identité scolaire. Bazil, élève dysorthographique. J'aurais aimé conserver mon ancien statut d'élève responsable et engagé, tout simplement. Pour plusieurs, la dysorthographie ne peut aller de pair avec l'engagement et la responsabilisation de soi. Diplôme en poche, j'ai poursuivi ma route scolaire avec ma nouvelle identité, celle qui me permettait de revendiquer Antidote pour escalader ce mur.

Questions de réflexion

Où situeriez-vous Bazil sur les différentes représentations se rapportant à la diversité, au bien-être et à la réussite?
(Plus d'un choix possible.)

Diversité


Bien-être


Réussite

Cas 3 - Damien

La situation de Damien est présentée ci-dessous à travers les yeux de deux enseignantes qui n'ont pas les mêmes perceptions de la diversité. Vous vous reconnaîtrez peut-être dans l'une ou l'autre. Présentée sous forme de discussion, cette étude de cas nous invite à réfléchir à l'influence de nos propres perceptions de la diversité sur notre niveau de difficulté ou d'aisance à mettre en place des pratiques plus sensibles à cette diversité.

Référence de l'extrait :
AuCoin, A. et Vienneau, R. (2015). L'inclusion scolaire et la dénormalisation. Proposition d'un nouveau paradigme. Dans N. Rousseau (dir.), La pédagogie de l'inclusion scolaire. Un défi ambitieux et stimulant (3e éd., p. 65-87). Presses de l'Université du Québec.

Saynète I (1re partie)
Seul avec sa différence

Aujourd'hui, Damien ne se sent pas bien. Son nez coule et sa mère nous dit qu'il n'a pas bien dormi la nuit dernière. Pour ne pas rompre la routine de son fils, elle a décidé de l'amener à l'école malgré son rhume, mais elle prie Mme Poirier de l'avertir si les symptômes s'aggravent au courant de la journée.

Damien a la tête couchée sur son pupitre. Son aide-enseignante essaye tant bien que mal de l'intéresser à la tâche qu'il doit finir en mathématiques : colorier six des dix objets qui se trouvent sur une feuille photocopiée dans le manuel de 2e année. Rien à faire! Damien regarde sa feuille sans enthousiasme, à la différence des autres élèves de la classe dont les yeux montrent leur état d'excitation. Tout à coup…

Garçon 1 : Il neige!

En effet, le météorologue nous l'avait annoncé. Le ciel, gris sombre depuis les premières lueurs de l'aurore, nous montre présentement un beau spectacle en livrant la première neige de la saison! Des milliers de flocons tombent « de là-bas » et les élèves de Mme Poirier n'attendent pas longtemps pour se précipiter aux deux fenêtres de la classe et contempler avec joie les premiers signes de l'hiver.

Groupe d'élèves : C'est vrai, il neige! J'espère qu'il neigera encore à la récréation! Pensez-vous que nous aurons droit à une tempête? Non, pas avant le tournoi d'échecs. Je ne voudrais surtout pas que le tournoi soit annulé! Ah, que c'est beau! J'ai hâte à la récréation. Nous bâtirons un fort! Non, deux forts! Un pour les filles, un autre pour les garçons.

Après quelques minutes, Mme Poirier décide de ramener l'ordre dans la classe en demandant aux élèves de revenir s'asseoir et de continuer leur travail. Ils ne se font pas prier, car la neige a déjà cessé de tomber et l'idée de retourner exécuter leurs nouveaux pièges d'ouverture avec leur partenaire d'échecs ne leur déplaît pas du tout.

Malgré toute cette agitation, Damien n'a pas bougé de son siège. En effet, à aucun moment il ne s'est aperçu qu'il neigeait et personne ne le lui a dit, même pas son aide-enseignante qui tente toujours de lui faire terminer l'exercice de mathématiques, mais sans succès. Damien a encore la tête sur son pupitre, mais cette fois, ses yeux sont fermés. Peut-être l'enseignante devra-t-elle téléphoner à sa mère pour qu'elle vienne le chercher à l'heure de la récréation. Soudain, une petite voix rauque vient interrompre mes pensées.

Damien : Il snow! Il snow, Mme Poirier! Il snow!

Mme Poirier : Oui, Damien, tu as raison. Il neige.

Damien : Il snow, Madame! Je suppose que l'hiver arrive. Regarde Madame, il snow. J'aime feeler les flocons sur mon visage. C'est beautiful la snow! C'est beautiful! Est-ce qu'on va aller dehors? Est-ce qu'il fait froid dehors? Est-ce qu'il snow encore?

Pendant que Damien parle avec Mme Poirier, les autres élèves de la classe se rendent une nouvelle fois aux fenêtres. Cette fois-ci, Damien se lève pour y aller à son tour. Ayant un peu de difficulté à se déplacer, il ne reste que deux garçons quand il arrive à l'une des fenêtres. Quant aux autres élèves, ils se sont tous regroupés près de la deuxième fenêtre, située à l'autre extrémité de la classe. Comme tout élève de son âge, Damien est énervé de voir tomber la première neige de l'hiver et il ne se gêne pas pour exprimer son émerveillement.

Damien : Ça snow! C'est beau! C'est beau la snow! C'est beau!

Sans lui adresser la parole, les deux élèves se regardent et vont rejoindre le reste des élèves qui observent la neige tomber à l'autre bout de la classe. Damien ne se décourage pas. Comme les deux garçons, il se dirige vers l'autre fenêtre pour partager sa joie avec les autres élèves. Malheureusement, pendant ce temps-là, la neige s'est arrêtée de tomber une nouvelle fois et tous les élèves sont retournés à leur pupitre.

Saynète I (2e partie)

Mme Poirier observe Damien, qui est seul à la fenêtre. Son nez continue de couler. Alors que les élèves se remettent au travail, Mme Poirier se remémore une conversation qu'elle a récemment eue avec Mme Leblanc qui enseignait à Damien l'an passé.

Mme Leblanc : Ça m'écrasait enseigner à cet élève; c'était trop lourd! Damien mérite mieux que ce qu'on peut lui offrir dans une salle de classe ordinaire. Ces enfants-là étaient mieux avant, lorsque nous pouvions tous les placer dans une même salle de classe avec une personne formée en éducation spéciale. Cette façon de voir les choses avait beaucoup d'avantages, mais ces dernières années, on semble « avoir tout lavé ». Aujourd'hui, on s'attend à ce que les enseignants des classes ordinaires apprennent toutes les techniques nécessaires pour enseigner aux différents élèves qui nous arrivent : les autistes, les « syndromes de Down », les déficients mentaux. D'après moi, c'est trop et ce n'est pas possible! Lorsque Damien était dans ma classe, j'ai suivi quelques formations au sujet de l'autisme, mais je n'ai fait qu'effleurer la surface de tout ce que j'aurais dû connaître à propos de ce sujet. Ça me prendrait des années à comprendre le quoi, le pourquoi et le comment. Ah, je t'assure que cette année-là, j'ai fait plusieurs cauchemars concernant Damien!

Mme Poirier : J'entends ce que tu dis, mais pour ma part, je vis ça autrement. Je t'avoue que je n'ai jamais enseigné à un élève ayant autant de retard par rapport aux autres élèves, mais je trouve cette expérience très enrichissante. J'arrive bientôt à ma retraite et c'est une bonne occasion pour moi de me renouveler au niveau de mon enseignement. Moi aussi, j'ai dû suivre quelques sessions de formation relatives à l'autisme. Depuis que Damien est dans ma classe, je prends conscience que j'apprends davantage sur sa particularité. Tous les jours, je l'observe et je me questionne. Par la suite, je discute de mes idées avec son aide-enseignante. Je trouve que c'est fascinant d'avoir Damien parmi nous; il est tellement différent des autres élèves! Là où j'ai le plus de difficulté, c'est de lui trouver du matériel répondant à ses besoins et à son niveau de compréhension. Je fouille, ou devrais-je plutôt dire, on fouille. Ensemble, avec son aide-enseignante et l'enseignante facilitatrice de l'intégration, nous lui préparons du matériel qui lui permet d'apprendre les lettres, les sons et les nombres. Un jour, j'aimerais lui apprendre à lire et à faire de simples additions telles que 2 + 2, 1 + 3. J'aimerais qu'il puisse compter et lire. Chez Damien, je peux voir que la volonté est là, mais il n'est pas encore capable d'y arriver… pas encore!

Saynète I (3e partie)

Mme Leblanc : Ce n'est pas assez de lui apprendre quelques mots ainsi que quelques additions! Moi, j'aimerais voir ces enfants-là capables de vivre de façon plus indépendante. J'aimerais les voir devenir propres, leur apprendre à fermer leur manteau et à mettre leurs bottes. Je voudrais qu'ils puissent prendre soin d'eux-mêmes! Ils sont loin, très loin de pouvoir faire ça! Et ce n'est pas dans une salle de classe ordinaire qu'on va leur apprendre à en faire autant!

Mme Poirier : Moi, au contraire… je suis très impressionnée par ce que Damien peut faire maintenant. Je ne croyais pas qu'il serait capable d'accomplir autant de choses dans un aussi court laps de temps. Par exemple, l'autre jour, il est allé à la cafétéria tout seul. Au début de l'année, il restait tout le temps à mes côtés. Il voulait toujours être collé à moi. Tranquillement, j'ai commencé à lui dire qu'habituellement en 5e année, les élèves ne se comportent pas de cette façon. De jour en jour, je vois du progrès! Entendons-nous bien, ce n'est pas à la même vitesse que les autres élèves de 5e année mais pour lui, c'est tout un exploit! Là, il peut se déplacer à l'extérieur de la salle de classe sans son aide-enseignante! Il est capable d'aller à la cafétéria ainsi qu'au gymnase avec les autres élèves sans l'aide d'un adulte. C'est tellement beau de le voir se déplacer seul, parmi les autres! Je suis fière de lui! Et l'autre jour, il a lu un nouveau mot! Un nouveau mot qu'il n'avait jamais vu! J'étais fière! Je suis allée de classe en classe pour qu'il puisse le lire à tous les enseignants et toutes les enseignantes de l'école. Pour moi, c'était une plume à mon chapeau de l'entendre lire ce mot. L'enfant a 11 ans… ça veut dire beaucoup!

Mme Leblanc : Je t'admire d'avoir encore autant de patience pour travailler avec ces élèves-là, parce que moi, j'ai perdu ma motivation le jour où l'on m'a refusé l'aide dont j'avais besoin pour une de mes élèves en difficulté. Malheureusement, je n'oublierai jamais ça. Chaque soir, en plus de passer des heures à préparer le travail de mon élève pour le lendemain, je devais préparer mes cours pour mes autres élèves. À un moment donné, lorsque j'ai réclamé un ordinateur spécial pour la petite, j'ai presque dû me fâcher et mettre de la pression sur certains responsables pour qu'elle puisse recevoir une chose qui n'était pas hors de l'ordinaire. Après quelques semaines, une des coordinatrices des ressources est venue me dire : « On va te l'accorder, mais n'en demande pas trop! » J'ai trouvé ça très triste de devoir faire des pieds et des mains pour disposer d'un moyen indispensable pour que mon élève puisse apprendre en même temps que les autres. J'ai eu l'impression que j'en demandais trop! C'est chagrinant! Depuis ce temps-là, j'ai réalisé qu'intégrer ces élèves-là dans une classe ordinaire ne leur rend pas justice. Malheureusement, nous n'avons ni les ressources matérielles ni les ressources humaines nécessaires pour entreprendre un tel défi. C'est bien beau lorsque c'est écrit sur papier, mais dans la réalité c'est tout autre chose!

Mme Poirier : Tu as raison, je n'aurais pas aimé être dans tes souliers. Heureusement, en ce qui me concerne, on ne m'a jamais refusé grand-chose lorsque j'en ai fait la demande. Et les quelques fois où je savais que ça prendrait beaucoup de temps pour obtenir une réponse de la part des gens de là-haut, je trouvais des solutions pour y remédier. Par exemple, je me rappelle la fois où je cherchais une chaise pour Damien; il avait de la difficulté à rester assis. Je pensais qu'il serait mieux installé dans une chaise rembourrée dotée d'accoudoirs solides. Les chaises que nous avions dans nos classes n'étaient pas assez fermes à mon goût. Je savais que le coût d'une telle chaise serait énorme et que notre budget ne permettrait pas une telle dépense, même si je considérais que cette chaise était importante pour le développement et l'apprentissage de mon élève. Pour une fraction du prix de la chaise en magasin, le charpentier du village nous en a fabriqué une, non seulement pour Damien, mais aussi pour tous les élèves autistiques des écoles francophones de la région. Encore aujourd'hui, j'ai plusieurs idées concernant Damien que je voudrais essayer avec lui. Parfois c'est difficile, car je suis dans une école et on est censé y enseigner. Mais qu'est-ce que ça veut dire au juste enseigner?

Saynète I (4e partie)

Mme Poirier : Comme tu le soulignais plus tôt, Damien devrait avoir la chance de développer toutes ses capacités. Par exemple, il devrait pouvoir se faire des amis avec les autres élèves de la classe; il devrait pouvoir prendre soin de lui-même et, comme tous les autres élèves, il devrait espérer un jour pouvoir vivre de façon plus autonome. Mais pour ça, je devrais lui enseigner des habiletés en cuisine, en économie et en matière de propreté domestique et personnelle. Cela est d'autant plus vrai que les objectifs de son programme visent l'autonomie de Damien. N'est-ce pas là une façon de le rendre plus indépendant?

Mme Leblanc : Oui, mais ces habiletés devraient être enseignées par une spécialiste dans une classe spéciale. Je ne me sens ni capable ni tenue d'enseigner de telles habiletés aux enfants ayant des besoins spéciaux lorsque j'en ai 20 autres dans ma classe qui demandent mon attention. Et en parlant des autres élèves, ne penses-tu pas que leur éducation souffre du fait qu'on passe trop de temps avec ces enfants-là?

Mme Poirier : Au contraire, ne te rappelles-tu pas l'élève que l'on nommait affectueusement le bully de l'école et de la façon dont il travaillait auprès d'une autre de tes élèves, la petite Jenny?

Mme Leblanc : Oui, c'est vrai. À chaque récréation il venait dans ma salle de classe pour la voir. Il avait un respect incroyable pour elle. C'était très, très touchant la façon dont il agissait avec elle.

Mme Poirier : Et celui qui a été nommé le joueur le plus valorisé dans son équipe de hockey, bien qu'il était paralysé et assis dans un fauteuil roulant? Avoir ces élèves dans nos salles de classe permet aux autres élèves d'accepter les différences humaines.

À cette conversation vient s'ajouter la voix de Mme Maillet, une enseignante, qui partage le discours de Mme Leblanc.

Mme Maillet : Je suis d'accord avec le fait qu'il faut accepter et parler des différences humaines, mais dans la salle de classe, il doit y avoir une limite! Aujourd'hui, on accepte de plus en plus de cas dans nos salles de classe… ce n'est pas la norme! J'ai déjà enseigné à une élève dont la particularité était inconnue des personnes dirigeantes du système scolaire et des médecins d'Halifax. Puisqu'elle parlait français, on nous avait même suggéré qu'elle avait une maladie acadienne, un syndrome acadien. Que voulais-tu que je fasse avec un tel cas dans ma salle de classe?

Mme Leblanc : Même lorsque la particularité de l'élève semble aisément identifiable, il peut s'écouler beaucoup de temps avant que les médecins posent le diagnostic. Il est alors parfois trop tard pour que nous puissions travailler avec l'élève. Je pense sincèrement que les cas particuliers doivent être traités différemment.

Différent, différence, traités différemment…

Les pensées de Mme Poirier sont interrompues par Damien qui lui touche délicatement le bras. Il a un large sourire et lui dit : C'est beau la snow, Madame! C'est tellement beau!

Oui, il est vrai que Damien peut être perçu comme étant différent des autres élèves et que dans sa classe, il est traité différemment des autres, mais Mme Poirier réalise également que les autres élèves et lui vivent des émotions semblables. Comme eux, Damien est fier de voir tomber la première neige. Il est heureux de savoir qu'à la récréation, la neige lui tombera sur le visage et qu'il pourra jouer avec cette neige toute fraîche.

En le regardant regagner son pupitre, Mme Poirier se rend compte qu'elle le trouve beau. Lorsque Damien est heureux, tout le monde de la classe le sait, et c'est la même chose lorsqu'il est triste. Damien ne cache rien à personne : ses actions et ses paroles sont authentiques, vraies! Malgré les commentaires de Mme Leblanc et ceux de Mme Maillet, si on lui demandait d'enseigner à Damien une nouvelle fois, elle sait qu'elle dirait oui. Cette expérience, elle ne l'oubliera jamais. Elle espère seulement que Damien profite autant de son année avec elle qu'elle s'est elle-même enrichie de sa présence à ses côtés et des expériences qu'ils ont vécues ensemble en raison de ses différences.

Questions de réflexion

Où situeriez-vous Mme Poirier et Mme Leblanc sur les différentes représentations se rapportant à la diversité et à la réussite?
(Plus d'un choix possible.)

Madame Poirier


Diversité


Bien-être

La question du bien-être n'est pas abordée directement dans cet extrait.

Réussite

Madame Leblanc


Diversité


Bien-être

La question du bien-être n'est pas abordée directement dans cet extrait.

Réussite

Cas 4 - Zahar

Cette étude de cas présente le parcours de vie de Zahar, qui a dû fuir son pays d'origine pour venir s'établir au Canada en raison de la guerre. Entre émotions et événements traumatisants, Zahar raconte ce par quoi lui et les membres de sa famille sont passés. Cette étude de cas nous invite à réfléchir à la prise en compte des expériences personnelles de chaque personne apprenante pour mieux comprendre son parcours scolaire et son rythme d'apprentissage.


Avant que la guerre commence, je n'étais pas le même. J'aimais aller au centre commercial et faire du vélo dans la rue. Ma grand-mère n'habitait pas très loin de chez mes parents et j'allais la voir au moins trois fois par semaine. Sa maison était un véritable coffre aux trésors : j'aimais trouver des photos, des bijoux et des jouets qui avaient appartenu à ma mère lorsqu'elle était enfant. Avec mes sœurs ainées et mon frère cadet, nous pouvions jouer dans son grenier des après-midis complets sans voir le temps passer.

Un jour, j'ai senti que mes parents devenaient plus nerveux, les rues de la ville étaient vides. Pour la première fois, j'entendais parler d'armes, d'obus, de bombes… Nous ne pouvions plus sortir à notre guise. J'ai toujours craint les sirènes qui retentissaient dans la ville pour nous avertir du danger imminent. À l'école, je n'aimais pas descendre dans l'abri, car je ne savais jamais combien de temps cela allait durer. Je voulais être près de mes parents afin d'être certain qu'ils soient en sécurité. Un soir, j'ai dit à mes parents que je ne voulais plus aller à l'école parce que j'avais peur. Mes sœurs, mon frère et moi avions beaucoup de difficultés à dormir le soir. Donc, mes parents nous ont proposé d'aller passer quelques semaines chez une tante qui possédait une maison dans le nord du pays, le temps que la situation se rétablisse. De leur côté, ils allaient rester encore un peu dans la maison pour prendre soin de ma grand-mère. Mon frère et moi étions très malades lorsque ma tante est venue nous chercher. Mes parents ont donc décidé de nous garder avec eux. Mes sœurs sont parties, mais il était prévu qu'on les retrouve la semaine suivante. Je ne pouvais pas me douter de ce qui allait suivre…

Je rêve encore à la nuit de notre fuite. J'ai tellement craint que l'on nous découvre! Quand on est sortis de la maison, quand on a traversé des barrages, quand on a dû mentir et dire qu'on allait visiter des parents malades… Mes parents aussi avaient peur. Nous sommes partis en pleine nuit, sans ma grand-mère, sans mes sœurs, sans ma tante… Après de longues journées à marcher, à passer de ville en ville, nous sommes arrivés dans un « camp de réfugiés ». Nous sommes restés plusieurs mois dans ce camp. Il était impossible pour mes parents de travailler, personne ne voulait embaucher des gens comme nous. Les personnes qui allaient travailler en ville se faisaient parfois voler leur argent sur le chemin du retour.

Mes parents et moi avons fini par recevoir la nouvelle que le Canada acceptait de nous recevoir comme réfugiés. Mes parents étaient soulagés, mais moi, je ne savais pas ce que cela signifiait. Allait-on revenir rapidement pour voir mes sœurs, ma grand-mère et ma tante? Une fois de plus, nous sommes partis de nuit, je hais la nuit. J'ai dormi dans l'avion, j'étais épuisé.

Arrivé au Canada, je me sens encore en déplacement. Où est mon pays? Ma maison? Mes sœurs? Ma grand-mère? Je n'ai pas pu leur dire au revoir… Je ne me sens jamais chez moi. L'appartement où nous logeons est petit, nous sommes à l'étroit. Le soir, nous pouvons entendre la télévision des voisins ou encore leurs bruits de pas au plafond. Cela me fait sourire.

Quand je suis arrivé au Canada, je n'avais pas fréquenté l'école de façon suivie depuis au moins un an et demi. À ma nouvelle école, je ne comprenais pas la langue. Même si c'était difficile de communiquer avec eux, je me sentais en sécurité parce que les gens de ma classe étaient gentils et accueillants. De plus, j'étais avec mon frère et nous pouvions nous entraider. Par contre, apprendre le français, c'est difficile! Je devais même apprendre à m'habiller et à manger différemment. Dans les premières semaines, j'étais très motivé à apprendre et mon enseignante était épatée par mes progrès. J'avais hâte que l'on m'envoie dans une « vraie » classe, avec des élèves francophones, car j'avais peur de prendre du retard.

Maintenant, j'ai de la difficulté à me concentrer et je fais beaucoup d'erreurs. J'avance beaucoup moins vite. On dirait que ma tête est percée, je ne retiens pas l'information. Je crois que c'est parce que je pense à ma famille qui est restée dans mon pays; je m'ennuie de tout. Il y a quelques jours, je suis tombé sur un reportage où je voyais ma ville complètement détruite. Où est ma grand-mère? Elle ne répond plus au téléphone… J'espère qu'elle est en sécurité. La semaine dernière, nous avons parlé à ma tante et à mes sœurs. Elles avaient l'air fatiguées. Elles disent que la nourriture est rare. Quand pourront-elles nous rejoindre? Je pense que toutes ces préoccupations expliquent le fait que je prenne du retard. C'est pourquoi je crains qu'on me place dans une classe avec des petits de 9 ans, moi qui suis un grand de 12 ans.

Questions de réflexion

Où situeriez-vous Zahar sur les différentes représentations se rapportant à la diversité, au bien-être et à la réussite?
(Plus d'un choix possible.)

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